La réalité des fermiers en Corse

Nous vous proposons comme première newsletter un article que nous avons proposé à divers médias locaux mais visiblement alors que l’ODARC dispose d’espaces pour présenter une image décalée de l’agriculture corse… il semble que nos réalités n’intéressent que nous… alors utilisons notre seul accès grand public !



22 mars, journée de la démagogie agricole ?

Au contact permanent des fermiers, le conseil d’administration de Casgiu Casanu souhaite comprendre le fossé entre les chiffres publiés par l’ODARC dans le Corse matin du 22 mars 2006 et la réalité vécue au quotidien par ses producteurs.

« Doublement des candidats à l’installation depuis un an » ! affiche-t-on… De quelles installations parle-t-on ? Nous avons beau chercher, recenser… nous constatons un non-renouvellement de nos membres. Toute personne vivant en Corse le constate chaque jour. Car l’installation dans nos modes d’élevage extensifs est coûteuse et nécessite un appui des organismes de « développement » : le jeune doit immédiatement disposer de liquidités. Se cachant derrière des chiffres virtuels, l’ODARC doit à la population quelques explications.

« 102% » de financement pour des installations nous sont annoncés le 22 mars : Une exploitation clé en main ! Quoi de plus incitatif ? Sauf que notre réalité est autre :
L’ODARC centralise et distribue les aides accordées par l’Europe, l’Etat et la région qu’il s’agisse de la Dotation Jeune Agriculteur ou des aides à l’équipement (visant les jeunes comme les aînés). Les aides à l’installation même maximales, ne couvriront qu’une petite partie des besoins : Ne serait-ce qu’en théorie, le mode d’attribution des aides fait qu’il est impossible d’atteindre le taux de 102% annoncé. La DJA est affectée à un investissement précis dont elle ne couvre souvent qu’une partie. Les aides à l’équipement concernent d’autres investissements qui eux ont un taux réglementaire maximal de 60%. Pour la mise aux normes de nos ateliers fermiers notamment, on ne peut espérer 75%, taux pourtant validé le 22 mars 2002 par l’Assemblée de Corse.
102% il faudra qu’on nous explique…

A cette réalité mathématique… s’ajoute la réalité des procédures administratives…

L’ensemble des aides est souvent disponible avec quelques mois à quelques années de retard. Alors ? Soit le berger est capable de supporter l’avance des fonds souvent au péril de son exploitation, soit il est bloqué et jette l’éponge... Difficile de mener de tels projets à terme lorsque les échéances prévues ne sont pas respectées… Différentes raisons nous sont successivement évoquées pour expliquer les retards constatés dans le versement des « aides ». Les organismes (ODARC, DRAF, CNASEA) se renvoient la balle … Décembre 2005 on nous rassure : Le père Noël passera pour tout le monde. Et d’ajouter qu’en parallèle le traitement des dossiers justifiant la « viabilité du projet… » sera simplifié. Simplification ? Le volume de ces mêmes dossiers a encore augmenté cette année, simplification, il faudra que l’on nous explique encore… En lieu de père Noël fin décembre, les producteurs ont l’agréable surprise de recevoir un courrier de l’ODARC les informant que pour leur dossier, pourtant déjà validé (convention signée …), les subventions ne pourront être perçues qu’après remise de relevés de comptes « démontrant » les mouvements de fonds. La remise des factures acquittées payées ne suffit plus… Relevés de comptes ? Exigence légale ?

Aujourd’hui pour ce qui nous concerne, même les dossiers où les nouveaux justificatifs ont été présentés ne sont pas réglés. Qu’évoquera-t-on prochainement pour expliquer que si l’ODARC dispose immédiatement d’un budget d’environ 5 millions d’euros pour son fonctionnement propre, les producteurs, eux, n’ont qu’à bien se tenir et rester au milieu de leurs chèvres à s’interroger sur l’existence d’un pays imaginaire où l’on installe des agriculteurs à 102% sur des procédures simples et efficaces ... tandis qu’au quotidien les taux effectifs atteignent difficilement 30% si on tient compte des frais financiers d’emprunts, frais divers, et tracas occasionnés par la poursuite d’un dossier… D’où leur leitmotiv actuel : « Moi les investissements subventionnés c’est fini, je continuerai très doucement, mais sûrement sur mes fond propres …».

Comment aujourd’hui peut-on parler de « développement » dans un tel contexte ?

Expliquez-nous avec des chiffres clairs ce qui procure tant d’euphorie au bureau de l’ODARC lorsque les éleveurs sur le terrain végètent et végèteront, indignés de procédures parfois surprenantes et du ping-pong quotidien dont ils sont l’objet. Ces lourdeurs écrémant notre profession seraient liées aux abus passés -dont les responsabilités sont partagées - mais ces casseroles passées peuvent-elles justifier que l’on enterre aujourd’hui un patrimoine vivant et reconnu bénéfique à l’île ?

Quelle perspective ? L’espoir d’une île vivante avec des espaces occupés par des exploitations familiales renouvelant les savoir-faire locaux ? En réalité, l’orientation politique est claire en faveur d’exploitations et d’entreprises disposant de capital. Dans la logique d’investir de manière « rentable », ces dernières délaissent l’intérieur pour des espaces et des moyens compétitifs (matières premières notamment) qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

Quand on parle de développement ne doit-on s’intéresser qu’à la rentabilité purement économique ? N’est-il pas dans l’intérêt général de peupler nos territoires de petites exploitations ? Contrairement à ce qui est régulièrement affiché au public, ces dernières ne sont ni arrosées de primes ni de subventions mais exclues d’un dispositif d’aides décalé de nos fonctionnements.



Samedi 22 Avril 2006
casgiu casanu