La brebis corse : laitière, rustique, et économe en temps et en intrants

 

La brebis corse originaire de l’île montagneuse et sèche du même nom, est depuis toujours un pilier de l’économie agropastorale de la Corse. Longtemps repliée sur elle-même, se méfiant de tout temps des invasions barbaresques, la population de la Corse, s’est longtemps cantonnée dans les régions montagneuses de l’île développant une agriculture vivrière basée sur l’élevage extensif des brebis et des chèvres pour la production laitière, avec un système original de double transhumance, l’hiver le long du littoral où la douceur du climat permettait de faire pacager les brebis dans les zones marécageuses infestées par la malaria en été, époque ou les troupeaux transhumaient alors en haute montagne.

A partir de la fin du XIX siècle, l’implantation des industriels laitiers de Roquefort en Corse va bousculer cette économie de subsistance, et faire entrer progressivement les éleveurs de brebis dans l’ère industrielle. A partir de 1950, avec l’assainissement puis la mise en valeur des terres infestées autrefois par la malaria, les élevages ovins vont se sédentariser de plus en plus sur les plaines littorales, et abandonner définitivement la double transhumance, voire même de plus en plus fréquemment la transhumance d’été.

Après avoir  atteint à son apogée 340 000 brebis en 1929, la Corse compte aujourd’hui 80 000  à 90 000 brebis, pour la plupart de race corse, destinées exclusivement à la production laitière et la transformation fromagère.

Du fait de l’insularité, la brebis corse n’a durant des siècles fait l’objet d’aucun croisement avec d’autres races continentales, les quelques essais réalisés au début du XIX siècle s’étant soldés par des échecs cuisants, compte tenu des conditions particulièrement difficiles de l’élevage ovin en Corse. C’est aussi ces conditions particulières qui ont limité le développement des infusions de sang sarde, la race laitière originaire de l’île voisine, qui après avoir pris de l’ampleur au début des années 1970 à quasiment disparu du territoire Corse, suite au développement du schéma de sélection de la brebis corse.

D’ailleurs depuis la parution du décret de l’A.O.C Brocciu en 1998, les conditions de production imposent l’utilisation de brebis de race corse, pour produire et commercialiser ce fromage de lactosérum dans le cadre de l’A.O.C.

Quelques troupeaux de brebis corse se sont constitués récemment sur le continent français (30 à 40 recensés en 2016), utilisés essentiellement par des éleveurs producteurs fermiers, répartis sur l’ensemble du territoire national des Vosges au sud-est.



La brebis corse
 

La brebis corse se caractérise par son petit format :

50 à 60 cm

son poids réduit 35 – 40 Kg 

La taille du bélier peut atteindre :

70 cm

son poids de 60 – 70 kg

 

La brebis a une tête très fine, avec une face longue et un chanfrein plat ou légèrement bombé, avec présence de cornes ou pas. Les oreilles sont petites, implantées bas et portées presque à l’horizontales.

 

Selon le standard de la race, les béliers sont nécessairement cornés. Les cornes sont larges, enroulées en spirales et rejetées en arrière.

Les membres sont remarquablement fins, et adaptés à de longs déplacements sur des zones difficiles et accidentées.

Le corps est régulier, long, le dos droit, une croupe étroite et un gigot très peu développé.

La plupart des éleveurs conservent la queue longue, tant aux béliers, qu’aux brebis.

La mamelle est développée et conformée en « pis de chèvre » ce qui lui confère une facilité de traite toute particulière, la capacité de traite manuelle est estimée à 100 brebis à l’heure pour un bon trayeur.

La laine est jareuse, et recouvre en longue mèche la totalité du corps de l’animal, ce qui permet aux troupeaux de rester en plein air toute l’année.

Enfin, le signe distinctif majeur de la brebis corse, est le fait que la couleur de la toison n’est pas fixée, et que l’on trouve des toisons noires, rousses, blanches et grises, et toute la palette de ces couleurs mélangées entre elles.

 

La brebis corse est donc bien un animal totalement façonné par son milieu, frugal, plastique, capable de faire rebondir sa production laitière après une période de disette alimentaire, dès que les conditions s’améliorent, milieu particulièrement difficile qui lui a conféré toutes ses qualités de production ainsi que sa rusticité particulière.

 

 

Fonctionnement des élevages
 

Les 90 000 brebis de corse sont détenues aujourd’hui par moins de 380  éleveurs répartis sur l’ensemble de l’île, dont la moyenne d’âge est relativement élevée, compte tenu du faible taux d’installation de jeunes agriculteurs.

 

La typologie des élevages est très variée, puisque l’on trouve essentiellement en Corse du sud des élevages fermiers qui possèdent 100 à 150 brebis qui transforment et commercialisent la totalité de la production, alors qu’en Haute Corse, les élevages sont plutôt des livreurs, avec en moyenne 250 à 350 brebis. Mais on trouve aussi plusieurs élevages très importants avec 800 à 1000 brebis, voire parfois plus, la plupart de ces gros élevages étant concentrés sur la plaine orientale, région qui concentre aussi les laiteries, puisque sur les 16 laiteries qui collectent les 8 millions de litres collectés, 12 sont situées dans cette même zone géographique.

 

La constante de l’élevage des brebis en Corse est le recours systématique au pâturage durant toute l’année. Ensuite, suivant la situation de chaque éleveur, la présence d’une bergerie ou non, les animaux sont plus ou moins complémentés en foin durant l’hiver et parfois aussi durant la période sèche, la complémentation en concentré ayant lieu sur la machine à traire. L’alimentation des troupeaux est encore relativement traditionnelle, et reste encore souvent liée aux conditions climatiques (précocité des pluies d’automne, hiver doux ou rigoureux,…) ce qui explique encore qu’aujourd’hui de nombreux troupeaux sont très loin d’optimiser leurs capacités de production laitière, et que les marges de progrès liées à l’amélioration des systèmes alimentaires sont très importantes.

 

Les mises bas des brebis adultes ont lieu de septembre à novembre, et les antenaises de janvier à mars à l’âge de 15-16 mois. La race est très peu prolifique 1.10 % en lutte naturelle, mais compte tenu du mode d’élevage en plein air, y compris au moment des mises bas, une prolificité excessive n’est pas du tout recherchée par les éleveurs. Par contre les résultats de fertilité sont excellents : 96 % pour les brebis adultes et 78 % pour les antenaises.

 

Les agneaux sont élevés sous les mères jusqu'à un mois, âge auquel ils sont abattus  au poids vif de 8-10 Kg La commercialisation des agneaux est encore très peu organisée, et la majorité des agneaux sont vendus en vifs à des abatteurs sardes.

 

Les agnelles de renouvellement, sont sevrées soit à 35 jours ou plus traditionnellement à 2 mois.

 

Les brebis sont ensuite mises à la traite, jusqu’à la fin du mois de juin, période à laquelle elles sont taries.

 

Organisation du schéma de sélection
 

L’Organisme de Sélection de la race ovine Corse gère le schéma de sélection de la race ovine corse. L’objectif de sélection de la race est depuis la création du schéma en 1985, la quantité de lait trait, auquel est venue s’ajouter la résistance à la tremblante depuis 2002

 

 

Le taux de MSU de la brebis corse naturellement élevé avec 131 g/l (74 g/l de MG et 57 g/l de MP) n’a pas justifié jusqu’alors la mise en place de contrôle laitier qualitatif.

 

Le schéma regroupait en 2016 :

57 éleveurs

17014 brebis qui sont suivies dans le cadre du contrôle laitier officiel (réalisés par les services des Chambres d’Agriculture insulaires).

 

Chaque année, 1200 accouplements raisonnés sont réalisés pour la production de béliers reproducteurs,  sur le total des 7000 inséminations faites sur les élevages du schéma. Ceci permet de rentrer 300 béliers issus de ces accouplements en centre d’élevage dont 25 à 30 sont  mis en testage ensuite chaque année, le reste étant vendu aux éleveurs.

 

Le centre d’élevage et le centre d’insémination sont gérés par la coopérative CORSIA crée en 1999, qui élève aussi des agnelles de sélection issues des élevages sélectionneurs. Cette action s’est vue confortée à partir de l’année 2001, au cours  de  laquelle l’épidémie de fièvre catarrhale a entraîné la mort de 15 % des brebis de l’île. Face à ce fléau, les autorités publiques ont demandé à la CORSIA de palier au remplacement des troupeaux décimés par l’épidémie, ce qui fut fait avec l’élevage et la vente de 5600 agnelles durant les trois années qui suivirent

 

La mise en place d’un schéma sur descendance à permis de faire progresser la production de 114 litres en 1995 à 175 litres en moyenne pour les brebis adultes en 2016, mais dans le cadre du schéma plusieurs élevages où la production laitière est optimisée par une alimentation adaptée, atteignent des productions largement supérieures à  200 litres par brebis adultes et par an, voire 280 litres pour le meilleur élevage.

 

Mais outre ses qualités laitières, ce qui caractérise aussi la brebis corse, c’est la persistance de sa production laitière, qui reste relativement stable du début à la fin de la lactation, sans pic important de début de traite comme les autres brebis laitières, ce qui permet une production journalière relativement constante tout au long de l’année, ceci représentant un atout indéniable pour les transformateurs, qu’ils soient fermiers ou industriels. Ce caractère propre à la race corse va faire l’objet d’une sélection dans les prochaines années.

 

Un autre atout de la race ovine corse, est son aptitude à la monotraite qui se développe en Corse et sur le continent depuis quelques années, et qui permet notamment aux éleveurs producteurs de fromage de se limiter à une traite par jour, souvent celle du matin.

 

Une expérimentation menée en 2010 et 2011 sur la station expérimentale d’Altiani, a permis de vérifier de manière scientifique que la perte de production laitière entre un troupeau trait en monotraite n’excédait pas 6 à 9 % par rapport au même troupeau soumis à une traite biquotidienne.

 

Enfin la longévité de la brebis corse se doit d’être soulignée, en effet la carrière productive des brebis corse est bien plus longue que celle des races laitières continentales, et il est très fréquent de trouver dans les élevages des brebis de 8 à 10 ans toujours à l’optimum de leur capacité de production laitière.

 

 

 

La brebis corse : laitière, rustique, économe en temps et en intrants

 

En conclusion, la brebis corse outre son originalité phénotypique, est aussi et surtout un animal économiquement intéressant compte tenu de sa capacité de production laitière, ramenée à son poids vif et donc à sa consommation alimentaire  (100 Kg d’aliment et 100 kg de foin par an selon les chiffres de l’Institut de l’Elevage), de sa capacité à produire durant de nombreuses années, et cela dans des conditions souvent très difficiles où sa plasticité permet de compenser les à-coups alimentaires.

 

C’est aussi une brebis « socialement » intéressante  de par son aptitude à la monotraite, qui devrait permettre aux jeunes générations de se libérer en partie de l’astreinte d’une traite biquotidienne, et par ses qualités maternelles qui limitent les interventions humaines au moment des mises bas.

 

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